Les huîtres perlières à Busuanga, Palawan
Par Sandrine, vendredi 26 octobre 2001 à 17:11 :: Perliculture dans le Monde
Le point sur la situation des écloseries aux Philippines
Selon le personnel de la Southern Marine Corporation (SOMMACO) et de la Hikari South Sea Pearl Corporation de Busuanga, dans l’archipel des Calamian, à Palawan, les techniques d’élevage des huîtres perlières en écloserie restent encore expérimentales aux Philippines. Plusieurs obstacles freinent la production à grande échelle de larves d’huîtres perlières.
Augustin Badon, directeur délégué de Hikari, souligne que seuls 70 % des procédés d’élevage sont actuellement maîtrisés, les 30 % restants relevant davantage de « l’art ».
« La situation diffère de celle de l’élevage de crevettes tigrées, où les protocoles sont bien établis et les solutions connues. Pour les huîtres perlières, nous devons improviser face aux problèmes. Si nous pouvions appliquer des techniques d’écloserie éprouvées, nous pourrions produire cinq à six fois par an », précise-t-il. Actuellement, la production ne se fait que deux fois par an.
Des progrès chez SOMMACO
Malou Sanchez, consultante de SOMMACO, indique que les taux de survie ont grimpé à 90 % depuis le lancement de la culture d’huîtres perlières. « Nous ne sommes que sept entreprises de perliculture ici et prêtes à mutualiser nos ressources. Cependant, la complexité et le coût des techniques font que les larves produites sont principalement utilisées en interne », explique-t-elle. SOMMACO vise désormais un stock génétiquement amélioré et une réduction des coûts de production.
Les installations ont été spécialement conçues pour optimiser les opérations : pompes, systèmes de filtration, bassins de culture d’algues et zones de nourricerie sont regroupés, réduisant les déplacements et l’exposition aux intempéries. « Grâce à cette configuration, nous n’avons jamais besoin de quitter le bâtiment, même en cas de typhon », souligne le consultant John Hamiter.
Les défis de l’élevage
Redentor Diaz, technicien à l’écloserie de Hikari, rappelle que les vibrions — bactéries pathogènes — sont une menace majeure pour le naissain, d’où l’importance du filtrage et de la désinfection de l’eau. Les variations soudaines de salinité ou de température peuvent également affecter la répartition du plancton, source de nutriments des larves. Il insiste aussi sur la nécessité de maintenir des reproducteurs sains et de surveiller la qualité de la nourriture pour éviter toute contamination.
Malgré ces efforts, le taux de survie des 500 000 nacres fixées sur palangres ne dépasse pas 20 % selon Augustin Badon. Pour limiter l’impact sur les stocks naturels, seuls 20 % des reproducteurs sont prélevés en milieu sauvage, le reste provenant d’écloseries.
Un secteur qui divise
La perliculture suscite aussi des controverses à Busuanga. Les pêcheurs locaux accusent les fermes perlières de les priver de leurs zones de pêche traditionnelles et de gêner la navigation, surtout la nuit. Les fermes occupent entre 10 et 15 % de la zone marine, selon Badon.
Mais les bénéfices économiques sont réels : « Les fermes perlières fournissent des revenus réguliers aux habitants, tout en préservant l’écosystème », affirme Mme Sanchez. Les palangres servent de dispositifs de concentration pour les poissons et limitent l’usage de techniques destructrices comme la pêche aux explosifs ou au cyanure, ce qui profite à la biodiversité. Les exploitants espèrent même que ces pratiques illégales seront bientôt interdites avec le soutien des autorités locales, qui perçoivent des redevances sur les concessions marines.
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