ConformĂ©ment Ă  l’usage instaurĂ© en 1994, une session dĂ©diĂ©e Ă  la perliculture a Ă©tĂ© coprĂ©sidĂ©e par Richard Fassler (État d’Hawaii, États-Unis) et Yu Xiangyong (UniversitĂ© d’ocĂ©anographie de Zhanjiang, Chine). Les prĂ©sentations et affiches ont Ă©tĂ© si nombreuses qu’une partie des Ă©changes s’est poursuivie dans d’autres sessions connexes. Deux thĂšmes ont dominĂ© : le recul des ventes — en particulier des perles noires — et les leviers d’amĂ©lioration de la qualitĂ©. Les Ă©tudiants ont marquĂ© l’évĂ©nement : Anne-Michelle Lee et Josiah Pit (UniversitĂ© James Cook) ont reçu le prix Ă©tudiant de la WAS pour l’excellence de leurs travaux.

Chine

Plusieurs interventions ont Ă©clairĂ© la perliculture chinoise. Yu Xiang-Yong a rappelĂ© l’essor initiĂ© Ă  Zhanjiang par le Pr Dalen Xiong, avec les premiĂšres perles de culture rondes en 1958, avant une montĂ©e en puissance Ă  25–30 tonnes/an. MalgrĂ© cela, l’industrie affronte sur-exploitation des stocks, perte de diversitĂ© gĂ©nĂ©tique, pollution, surpopulation des fermes, fortes mortalitĂ©s, rejets Ă©levĂ©s des nuclĂ©i et rendements faibles — d’oĂč une qualitĂ© souvent mĂ©diocre.

Les solutions passent, selon lui, par un engagement public renforcĂ© (recherche, lutte contre la pollution, rĂ©glementation, formation). Des travaux Ă©valuent la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique et l’hybridation de Pinctada martensii (RAPD, isozymes, morphologie). La triploĂŻdie montre des avantages de croissance et des essais de tĂ©traploĂŻdes sont menĂ©s pour produire des triploĂŻdes. La diversification vers P. maxima, P. margaritifera et Pteria penguin est encouragĂ©e.

Yu a aussi Ă©voquĂ© les progrĂšs de la perliculture d’eau douce avec Cristaria plicata : implantation d’un nuclĂ©us (7–9 mm) accompagnĂ© d’un fragment de manteau, Ă©levage 1–2 ans, pour une production dĂ©passant 4 tonnes en 2001. Hua Dan a dĂ©taillĂ© l’essor de Hyriopsis cumingii et la technique « manteau seul ». La Chine domine dĂ©sormais ce marchĂ© avec 800–1 000 tonnes/an, dont 400–500 tonnes exportĂ©es (Asie, Europe, Afrique, États-Unis).

Le Pr Aimin Wang (UniversitĂ© d’ocĂ©anographie de Hainan) a prĂ©sentĂ© trois voies vers des tĂ©traploĂŻdes de P. martensii : (1) inhibition du premier globule polaire des ovules triploĂŻdes fĂ©condĂ©s ; (2) inhibition des premier et deuxiĂšme globules polaires des ovules diploĂŻdes ; (3) inhibition de la premiĂšre division des zygotes diploĂŻdes. Si les taux de survie larvaires restent faibles, seule la mĂ©thode (2) a produit des juvĂ©niles tĂ©traploĂŻdes, Ă  un taux encore trĂšs bas (0,0625 %). Wang a aussi prĂ©sentĂ© la sĂ©lection via microsatellites pour accĂ©lĂ©rer la croissance et ses efforts de rĂ©introduction de P. maxima Ă  Hainan.

Perles noires

Richard Fassler a soulignĂ© la prolifĂ©ration des fermes dans le Pacifique et les opportunitĂ©s associĂ©es, tout en rappelant la position dominante de la PolynĂ©sie française. La production de perles de Tahiti a dĂ©passĂ© les objectifs de promotion, entraĂźnant une baisse marquĂ©e des prix et, selon des Ă©chos non confirmĂ©s, des licenciements dans l’industrie locale. Pour Ă©viter un effet d’entraĂźnement Ă  la baisse, il recommande de diffĂ©rencier les perles de Tahiti (couleurs, formes originales) et de privilĂ©gier la qualitĂ© sur le volume. La surexploitation de certains lagons appelle Ă  la prudence, le secteur s’orientant vers des recompositions structurelles.

Bernard Poirine a retracĂ© la crise polynĂ©sienne : de 1,5 kg en 1972 Ă  11 764 kg en 2000 (+29 %/an), suivis d’une chute des prix et d’un recul de la production (indicateurs : importations de nuclĂ©i). Il y voit un cas d’exploitation d’un bien commun menant Ă  la crise. Ses modĂšles montrent que l’optimum Ă©conomique survient Ă  des densitĂ©s d’élevage bien infĂ©rieures Ă  la densitĂ© maximale soutenable. Il a comparĂ© les cadres de gestion (quotas en Australie, cogestion au Japon). En PolynĂ©sie, un groupe de travail planche sur contrĂŽle des exportations, concessions, normes de qualitĂ© et densitĂ©s d’huĂźtres.

Autres régions et recherches

L’Inde (Ajai Sonkar) voit un potentiel pour P. margaritifera aux Ăźles Andaman et Nicobar, probablement avec un appui d’écloserie vu la faiblesse des stocks naturels.

À l’UniversitĂ© James Cook (Australie), Josiah Pit a testĂ© des microalgues tropicales pour P. margaritifera et notĂ© l’intĂ©rĂȘt de Pavlova salina pour les larves. Hector Acosta-Salmon a prĂ©sentĂ© une biopsie gonadique non destructive aprĂšs phĂ©noxetol de propylĂšne (aiguille encoche 10 mm), utile Ă  l’étude de la reproduction.

Culture de Pinctada maxima en Irian Jaya

Des travaux d’Atlas Pacific Pty Ltd (J. Taylor, J. Knauer, A.-M. Lee) visent Ă  amĂ©liorer la qualitĂ© des perles des mers du Sud. En Australie, les perles dorĂ©es se vendent rĂ©cemment plus cher que les argentĂ©es. En IndonĂ©sie, leur proportion est plus Ă©levĂ©e ; la sĂ©lection de donneurs de saibo dorĂ© accroĂźt la part de dorĂ©es de +8,6 %, mais laisse une forte proportion de jaune crĂšme (78,8 %). À l’inverse, le saibo argent nacrĂ© donne > 98 % de perles blanc argentĂ©, avec de bonnes parts en rondes, poires et boutons.

La raretĂ© de donneurs argentĂ©s en IndonĂ©sie (0,3–8,9 % selon sites) a conduit Ă  des stratĂ©gies de renforcement : productions larvaires issues de parents argentĂ©s puis sĂ©lection d’argentĂ©s Ă  20–24 mois. Des diffĂ©rences de croissance ont Ă©tĂ© notĂ©es : les huĂźtres Ă  nacre dorĂ©e grossissent plus vite que les argentĂ©es.

CĂŽtĂ© procĂ©dĂ©s, la comparaison entre culture sur fond et suspension en sacs (mailles 1 mm ou sacs de riz) montre davantage d’huĂźtres opĂ©rables sur fond, mais de meilleurs taux de survie et de rĂ©tention des nuclĂ©i en suspension. Sur la sĂ©lection des nuclĂ©i (coĂ»t : 88–165 AUD/kg), l’analyse morphologique de P. maxima (poids humide, poids coquille, largeur, longueur) indique que le poids humide est le meilleur prĂ©dicteur de taille de nuclĂ©us et augmente nettement la prĂ©cision au-delĂ  des 60 % empiriques.

Atlas Pacific poursuit ses évaluations de sites et de profondeurs. A.-M. Lee corrÚle paramÚtres environnementaux et croissance : la profondeur semble secondaire, tandis que les effets spatiaux et saisonniers se dessinent.

Culture des akoyas en Australie

Les succĂšs rĂ©cents ont suscitĂ© de nouvelles vocations. Des rĂ©unions ont portĂ© sur P. imbricata dans le Queensland et en Nouvelle-Galles du Sud. Josiah Pit (Ăźle d’Orpheus) et Wayne O’Connor (Port Stephens) rapportent des croissances larvaires comparables (≈ 20 jours post-fixation), mais une croissance en Ă©closerie/grossissement plus rapide dans les eaux plus chaudes du Queensland. Dans les deux États, des individus de ≄ 50 mm en 12 mois sont atteignables.

La prĂ©sence d’avortons (croissance lente) a Ă©tĂ© testĂ©e : sĂ©parĂ©s et suivis, ils rattrapent les autres, suggĂ©rant une cause environnementale plutĂŽt que gĂ©nĂ©tique aux lenteurs initiales. CĂŽtĂ© reproduction, activitĂ© maximale de fin de printemps Ă  dĂ©but d’automne, avec deux pics (novembre, mars-avril). La fixation n’ayant lieu qu’en Ă©tĂ© (dĂ©cembre–fĂ©vrier), le pic d’automne semble peu contribuer aux recrutements.

Un prĂ©dateur inquiĂšte toutefois : le ver plat Imogine mcgrathi, observĂ© dans cages et sacs Ă  naissains (≈ 1 huĂźtre/mois). Des protocoles de lutte sont efficaces : bains de sel (faible/forte concentration) ou eau douce 30 min pour les huĂźtres en cage. Veiller Ă  une salinitĂ© ≀ 2,5 ppm.

Mexique : un secteur en plein développement

Au Mexique, la filiĂšre s’appuie sur Pteria sterna et Pinctada mazatlanica (production possible en Ă©closerie). Carlos Rangel-Davalos dĂ©crit une mĂ©thode : Ă©levage en cages plastique (3,6 × 3,6 m), greffe Ă  70 mm, puis transfert en filets kangourou repliĂ©s sur cadre mĂ©tallique posĂ© au fond. Trois techniciens/90 jours par lot de 10 000 huĂźtres ; 3 ans entre naissain et rĂ©colte.

Des programmes de repeuplement des bancs naturels avec des juvĂ©niles d’écloserie (banques surexploitĂ©es par le passĂ©) montrent des succĂšs, notamment Ă  La Gaviota (baie de La Paz) grĂące Ă  des parcs grillagĂ©s protĂ©geant les huĂźtres jusqu’à 98 mm : 8,3–21,2 % de survie Ă  11 mois.