Conférence annuelle 2002 de la World Aquaculture Society, Beijing
Par Sandrine, mercredi 26 juin 2002 à 17:16 :: Perliculture dans le Monde
La confĂ©rence annuelle de la World Aquaculture Society, tenue en 2002 Ă Beijing, a une nouvelle fois rĂ©uni les professionnels de la perliculture venus du monde entier. LâĂ©vĂ©nement a permis dâexaminer les grandes tendances du secteur et de dĂ©battre des dĂ©fis qui lâattendent.
ConformĂ©ment Ă lâusage instaurĂ© en 1994, une session dĂ©diĂ©e Ă la perliculture a Ă©tĂ© coprĂ©sidĂ©e par Richard Fassler (Ătat dâHawaii, Ătats-Unis) et Yu Xiangyong (UniversitĂ© dâocĂ©anographie de Zhanjiang, Chine). Les prĂ©sentations et affiches ont Ă©tĂ© si nombreuses quâune partie des Ă©changes sâest poursuivie dans dâautres sessions connexes. Deux thĂšmes ont dominĂ© : le recul des ventes â en particulier des perles noires â et les leviers dâamĂ©lioration de la qualitĂ©. Les Ă©tudiants ont marquĂ© lâĂ©vĂ©nement : Anne-Michelle Lee et Josiah Pit (UniversitĂ© James Cook) ont reçu le prix Ă©tudiant de la WAS pour lâexcellence de leurs travaux.
Chine
Plusieurs interventions ont Ă©clairĂ© la perliculture chinoise. Yu Xiang-Yong a rappelĂ© lâessor initiĂ© Ă Zhanjiang par le Pr Dalen Xiong, avec les premiĂšres perles de culture rondes en 1958, avant une montĂ©e en puissance Ă 25â30 tonnes/an. MalgrĂ© cela, lâindustrie affronte sur-exploitation des stocks, perte de diversitĂ© gĂ©nĂ©tique, pollution, surpopulation des fermes, fortes mortalitĂ©s, rejets Ă©levĂ©s des nuclĂ©i et rendements faibles â dâoĂč une qualitĂ© souvent mĂ©diocre.
Les solutions passent, selon lui, par un engagement public renforcĂ© (recherche, lutte contre la pollution, rĂ©glementation, formation). Des travaux Ă©valuent la diversitĂ© gĂ©nĂ©tique et lâhybridation de Pinctada martensii (RAPD, isozymes, morphologie). La triploĂŻdie montre des avantages de croissance et des essais de tĂ©traploĂŻdes sont menĂ©s pour produire des triploĂŻdes. La diversification vers P. maxima, P. margaritifera et Pteria penguin est encouragĂ©e.
Yu a aussi Ă©voquĂ© les progrĂšs de la perliculture dâeau douce avec Cristaria plicata : implantation dâun nuclĂ©us (7â9 mm) accompagnĂ© dâun fragment de manteau, Ă©levage 1â2 ans, pour une production dĂ©passant 4 tonnes en 2001. Hua Dan a dĂ©taillĂ© lâessor de Hyriopsis cumingii et la technique « manteau seul ». La Chine domine dĂ©sormais ce marchĂ© avec 800â1 000 tonnes/an, dont 400â500 tonnes exportĂ©es (Asie, Europe, Afrique, Ătats-Unis).
Le Pr Aimin Wang (UniversitĂ© dâocĂ©anographie de Hainan) a prĂ©sentĂ© trois voies vers des tĂ©traploĂŻdes de P. martensii : (1) inhibition du premier globule polaire des ovules triploĂŻdes fĂ©condĂ©s ; (2) inhibition des premier et deuxiĂšme globules polaires des ovules diploĂŻdes ; (3) inhibition de la premiĂšre division des zygotes diploĂŻdes. Si les taux de survie larvaires restent faibles, seule la mĂ©thode (2) a produit des juvĂ©niles tĂ©traploĂŻdes, Ă un taux encore trĂšs bas (0,0625 %). Wang a aussi prĂ©sentĂ© la sĂ©lection via microsatellites pour accĂ©lĂ©rer la croissance et ses efforts de rĂ©introduction de P. maxima Ă Hainan.
Perles noires
Richard Fassler a soulignĂ© la prolifĂ©ration des fermes dans le Pacifique et les opportunitĂ©s associĂ©es, tout en rappelant la position dominante de la PolynĂ©sie française. La production de perles de Tahiti a dĂ©passĂ© les objectifs de promotion, entraĂźnant une baisse marquĂ©e des prix et, selon des Ă©chos non confirmĂ©s, des licenciements dans lâindustrie locale. Pour Ă©viter un effet dâentraĂźnement Ă la baisse, il recommande de diffĂ©rencier les perles de Tahiti (couleurs, formes originales) et de privilĂ©gier la qualitĂ© sur le volume. La surexploitation de certains lagons appelle Ă la prudence, le secteur sâorientant vers des recompositions structurelles.
Bernard Poirine a retracĂ© la crise polynĂ©sienne : de 1,5 kg en 1972 Ă 11 764 kg en 2000 (+29 %/an), suivis dâune chute des prix et dâun recul de la production (indicateurs : importations de nuclĂ©i). Il y voit un cas dâexploitation dâun bien commun menant Ă la crise. Ses modĂšles montrent que lâoptimum Ă©conomique survient Ă des densitĂ©s dâĂ©levage bien infĂ©rieures Ă la densitĂ© maximale soutenable. Il a comparĂ© les cadres de gestion (quotas en Australie, cogestion au Japon). En PolynĂ©sie, un groupe de travail planche sur contrĂŽle des exportations, concessions, normes de qualitĂ© et densitĂ©s dâhuĂźtres.
Autres régions et recherches
LâInde (Ajai Sonkar) voit un potentiel pour P. margaritifera aux Ăźles Andaman et Nicobar, probablement avec un appui dâĂ©closerie vu la faiblesse des stocks naturels.
Ă lâUniversitĂ© James Cook (Australie), Josiah Pit a testĂ© des microalgues tropicales pour P. margaritifera et notĂ© lâintĂ©rĂȘt de Pavlova salina pour les larves. Hector Acosta-Salmon a prĂ©sentĂ© une biopsie gonadique non destructive aprĂšs phĂ©noxetol de propylĂšne (aiguille encoche 10 mm), utile Ă lâĂ©tude de la reproduction.
Culture de Pinctada maxima en Irian Jaya
Des travaux dâAtlas Pacific Pty Ltd (J. Taylor, J. Knauer, A.-M. Lee) visent Ă amĂ©liorer la qualitĂ© des perles des mers du Sud. En Australie, les perles dorĂ©es se vendent rĂ©cemment plus cher que les argentĂ©es. En IndonĂ©sie, leur proportion est plus Ă©levĂ©e ; la sĂ©lection de donneurs de saibo dorĂ© accroĂźt la part de dorĂ©es de +8,6 %, mais laisse une forte proportion de jaune crĂšme (78,8 %). Ă lâinverse, le saibo argent nacrĂ© donne > 98 % de perles blanc argentĂ©, avec de bonnes parts en rondes, poires et boutons.
La raretĂ© de donneurs argentĂ©s en IndonĂ©sie (0,3â8,9 % selon sites) a conduit Ă des stratĂ©gies de renforcement : productions larvaires issues de parents argentĂ©s puis sĂ©lection dâargentĂ©s Ă 20â24 mois. Des diffĂ©rences de croissance ont Ă©tĂ© notĂ©es : les huĂźtres Ă nacre dorĂ©e grossissent plus vite que les argentĂ©es.
CĂŽtĂ© procĂ©dĂ©s, la comparaison entre culture sur fond et suspension en sacs (mailles 1 mm ou sacs de riz) montre davantage dâhuĂźtres opĂ©rables sur fond, mais de meilleurs taux de survie et de rĂ©tention des nuclĂ©i en suspension. Sur la sĂ©lection des nuclĂ©i (coĂ»t : 88â165 AUD/kg), lâanalyse morphologique de P. maxima (poids humide, poids coquille, largeur, longueur) indique que le poids humide est le meilleur prĂ©dicteur de taille de nuclĂ©us et augmente nettement la prĂ©cision au-delĂ des 60 % empiriques.
Atlas Pacific poursuit ses évaluations de sites et de profondeurs. A.-M. Lee corrÚle paramÚtres environnementaux et croissance : la profondeur semble secondaire, tandis que les effets spatiaux et saisonniers se dessinent.
Culture des akoyas en Australie
Les succĂšs rĂ©cents ont suscitĂ© de nouvelles vocations. Des rĂ©unions ont portĂ© sur P. imbricata dans le Queensland et en Nouvelle-Galles du Sud. Josiah Pit (Ăźle dâOrpheus) et Wayne OâConnor (Port Stephens) rapportent des croissances larvaires comparables (â 20 jours post-fixation), mais une croissance en Ă©closerie/grossissement plus rapide dans les eaux plus chaudes du Queensland. Dans les deux Ătats, des individus de â„ 50 mm en 12 mois sont atteignables.
La prĂ©sence dâavortons (croissance lente) a Ă©tĂ© testĂ©e : sĂ©parĂ©s et suivis, ils rattrapent les autres, suggĂ©rant une cause environnementale plutĂŽt que gĂ©nĂ©tique aux lenteurs initiales. CĂŽtĂ© reproduction, activitĂ© maximale de fin de printemps Ă dĂ©but dâautomne, avec deux pics (novembre, mars-avril). La fixation nâayant lieu quâen Ă©tĂ© (dĂ©cembreâfĂ©vrier), le pic dâautomne semble peu contribuer aux recrutements.
Un prĂ©dateur inquiĂšte toutefois : le ver plat Imogine mcgrathi, observĂ© dans cages et sacs Ă naissains (â 1 huĂźtre/mois). Des protocoles de lutte sont efficaces : bains de sel (faible/forte concentration) ou eau douce 30 min pour les huĂźtres en cage. Veiller Ă une salinitĂ© †2,5 ppm.
Mexique : un secteur en plein développement
Au Mexique, la filiĂšre sâappuie sur Pteria sterna et Pinctada mazatlanica (production possible en Ă©closerie). Carlos Rangel-Davalos dĂ©crit une mĂ©thode : Ă©levage en cages plastique (3,6 Ă 3,6 m), greffe Ă 70 mm, puis transfert en filets kangourou repliĂ©s sur cadre mĂ©tallique posĂ© au fond. Trois techniciens/90 jours par lot de 10 000 huĂźtres ; 3 ans entre naissain et rĂ©colte.
Des programmes de repeuplement des bancs naturels avec des juvĂ©niles dâĂ©closerie (banques surexploitĂ©es par le passĂ©) montrent des succĂšs, notamment Ă La Gaviota (baie de La Paz) grĂące Ă des parcs grillagĂ©s protĂ©geant les huĂźtres jusquâĂ 98 mm : 8,3â21,2 % de survie Ă 11 mois.
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