La perle de Tahiti célÚbre ses 60 ans
Par Sandrine, lundi 17 fĂ©vrier 2025 à 10:55 :: Promotion
Papeete, le 14 fĂ©vrier 2025 â Cette annĂ©e marque un cap important pour la perle de culture de Tahiti, qui fĂȘte ses soixante ans dâexistence.
NĂ©e de lâaudace et de la persĂ©vĂ©rance de quelques pionniers, elle a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois au public en fĂ©vrier 1965, Ă la chambre de commerce de Papeete. InspirĂ©e du savoir-faire japonais, cette perle unique, dâabord appelĂ©e « perle de Bora Bora », sâest imposĂ©e au fil des dĂ©cennies comme un symbole de luxe et dâĂ©lĂ©gance, malgrĂ© les soubresauts du marchĂ© mondial.
Une aventure jalonnée de défis
Les racines de la perliculture en PolynĂ©sie remontent au XIXá” siĂšcle. Ă cette Ă©poque, lâarchipel Ă©tait reconnu pour ses importantes exportations de nacre, notamment destinĂ©es Ă lâindustrie des boutons, avec des volumes atteignant 30 tonnes par an. « Pour protĂ©ger cet Ă©cosystĂšme menacĂ©, les autoritĂ©s ont cherchĂ© des solutions dĂšs le XIXá” siĂšcle, notamment pour Ă©viter la disparition des bancs de nacre comme ce fut le cas au Mexique », explique Jeanne Lecourt, prĂ©sidente de lâassociation Vahine Arataâi no Porinetia et passionnĂ©e de perles.
En 1827, le scientifique britannique Hugh Cuming est envoyĂ© en mission en PolynĂ©sie. Il y dĂ©couvre et classe la Pinctada margaritifera, une huĂźtre perliĂšre endĂ©mique Ă la rĂ©gion, baptisĂ©e variĂ©tĂ© âCumingiâ en son honneur. Plus dâun siĂšcle plus tard, le Français François HervĂ© tente les premiĂšres greffes, inspirĂ© par le Japonais Kokichi Mikimoto, pionnier de la perliculture moderne. FormĂ© dans les fermes perliĂšres japonaises, HervĂ© mĂšne ses expĂ©rimentations Ă Apataki dans les annĂ©es 1930, sans succĂšs. « Il nâa pas rĂ©ussi Ă maĂźtriser la technique de greffe », prĂ©cise Jeanne Lecourt.
Lâessor des annĂ©es 60
Le vĂ©ritable tournant survient dans les annĂ©es 1960, grĂące Ă Jean-Marie Domard, alors responsable du service de la pĂȘche en PolynĂ©sie. Lui aussi se rend au Japon pour Ă©tudier les mĂ©thodes de Mikimoto. Ses premiers essais Ă Hikueru Ă©chouent, jusquâĂ ce quâil fasse appel Ă un greffeur japonais en 1961. Câest la premiĂšre greffe rĂ©ussie en PolynĂ©sie.
En 1963, Domard transfĂšre son expĂ©rimentation Ă Bora Bora, dotĂ©e dâun aĂ©roport â un avantage logistique crucial Ă lâĂ©poque. Deux ans plus tard, en fĂ©vrier 1965, les premiĂšres perles polynĂ©siennes sont dĂ©voilĂ©es Ă Papeete. Lâambition est alors de structurer une vĂ©ritable filiĂšre et de sĂ©duire les marchĂ©s internationaux.
Un pari rĂ©ussi : dans les annĂ©es 1980 et 1990, la perle de Tahiti connaĂźt un essor remarquable, devenant un emblĂšme du luxe polynĂ©sien. Plus de 1 000 fermes perliĂšres sont alors en activitĂ© Ă travers lâarchipel.
Une gemme unique, sans label officiel
La perle de Tahiti est aujourdâhui la seule gemme française, câest-Ă -dire la seule pierre fine produite localement. Pourtant, malgrĂ© son prestige, elle ne bĂ©nĂ©ficie dâaucun label officiel de qualitĂ© ou dâorigine. « Aux Ăźles Cook, ils cultivent la mĂȘme huĂźtre et peuvent aussi appeler leurs produits âperles de Tahitiâ », dĂ©plore Jeanne Lecourt.
Lâabsence de consensus entre les producteurs bloque toute avancĂ©e vers une certification. « Plus il y a dâacteurs, plus il est difficile de sâaccorder. Doit-on rĂ©server lâappellation aux perles haut de gamme, ou inclure aussi les qualitĂ©s infĂ©rieures ? », interroge Jeanne.
Certaines perles se vendent un million de francs quand dâautres, considĂ©rĂ©es comme des rebuts, partagent pourtant la mĂȘme dĂ©nomination. Pour elle, lâinspiration pourrait Ă nouveau venir du Japon : « LĂ -bas, ils ont la perle Akoya, et la Hanadama, certifiĂ©e, qui reprĂ©sente le trĂšs haut de gamme et se vend trois fois plus cher. »
Une piste prometteuse pour renforcer la valeur et lâimage dâexception de la perle de Tahiti sur le marchĂ© mondial.
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